Grand Chelem de Paris 2026 : Le Japon devant la France

Sarah Léonie Cysique pour remporter l’or en -57kg. Crédit photo : IJF / Tamara Kulumbegashvili
Premier rendez-vous du circuit IJF en 2026, le Grand Chelem de Paris a eu lieu la semaine dernière et nous en a mis plein les yeux. On attendait notamment la première application de l’adaptation des règles qui iront jusqu’aux Jeux Olympiques de 2026 ainsi que la présence d’un plateau plutôt relevé avec finalement quatre cent quatre-vingt-huit participants.
Le Japon première nation…
Avec cinq titres, tous chez les masculins, la délégation nippone parvient à ravir la première place du classement des médailles à la France. C’est la première fois depuis 2022. Au total, les judokas du pays du soleil levant remportent quatorze médailles. Cela fait donc, en plus des cinq titres, trois médailles d’argent et six de bronze. Une domination presque sans partage chez les masculins d’autant que le dimanche, les Japonais ont remportés les quatre titres mis en jeu. Avec qui plus est, deux finales cent pour cent nippone.
En -66kg, pas de surprise avec la victoire du champion du monde Takeshi Takeoka. Il sera apparu très serein et impressionnant. D’abord nettement au-dessus du jeune Français Alexis Renard qu’il battait sur o uchi gari il écartait un autre Français en la présence de Daikii Bouba sur deux waza ari dont un magnifique tai otoshi. Par deux fois, on aurait pu tout de même croire qu’il était en difficulté. D’abord en quart de finale face au jeune et surprenant Italien Valerio Accogli qui le poussait au golden score avant de s’incliner d’un yuko. Ensuite en finale, face au Coréen Channyeong Kim, qui avait déjà failli battre Hifumi Abe à Tokyo et qui parvenait à marquer un yuko sur un contre du ko uchi makikomi de Takeoka. Pas d’affolement pour le Japonais qui marquait deux waza ari sur la séquence suivante grâce à un sumi gaeshi suivi en osaekomi. Dans la même catégorie, Kairi Kentoku, champion du Japon 2025 et protégé de Shohei Ono finit troisième.
Chez les -81kg, c’est Yuhei Ono qui s’impose en faisant le doublé après sa victoire au Grand Chelem de Tokyo fin 2025. Dans la catégorie supérieure, en -90kg, on retrouvait deux Japonais en finale. D’un côté Goki Tajima, assez impressionnant et notamment tombeur d’Alexis Mathieu. De l’autre, Hidetoshi Tokumochi, bourreau du Géorgien Luka Maisuradze sur un o uchi gari au golden score. C’est finalement sur cette même technique que Tajima remportait l’or après l’argent derrière son compatriote Sanshiro Murao à Tokyo. Chez les lourds autre finale entre Japonais avec la victoire aux pénalités de Kanta Nakano face à Hyoga Ota.
En -100kg, le jeune Dota Arai s’impose en battant en finale l’Ukrainien Anton Savytskiy sur un joli balayage applaudi par l’Accor Arena. Un judoka qui fait déjà preuve d’une grande maturité. A tout juste 20 ans, il est numéro un mondial et deux fois médaillé aux Championnats du monde seniors. Il faudra compter sur celui qui mime un samouraï pour célébrer dans le futur. En plus de ces titres chez les masculins, le Japon ramène six médailles féminines, dans cinq catégories différentes.
Les Françaises au rendez-vous…
De son côté, l’équipe de France remporte neuf médailles, dont huit pour les féminines qui ont dans l’ensemble répondues présentes. Tout d’abord comment ne pas parler du titre magnifique de Shirine Boukli. Tranchante toute au long de la journée, la Française bat en demie finale Wakana Koga, son bourreau des Championnats du monde, sur un sumi gaeshi pour yuko. Koga qui semble maintenant se présenter comme le numéro une Japonaise après l’annonce de la retraite de Natsumi Tsunoda. En finale, Boukli s’impose face à la Chinoise Wenna Zhuang, coachée par Florent Urani, sur un o soto gari.
Une finale qui pose de nouveau la question du yuko. En effet, sur l’ensemble des deux jours de compétition, le corps arbitral aura accordé bon nombre de yuko très minimaliste, presque sur le ventre. Pourtant, en finale, la table centrale retirait un yuko pour Boukli alors que l’épaule de la Chinoise semblait bien sur le côté. Une incohérence ? Et bien non ! Au regard du nouveau règlement arbitral, qui sera d’ailleurs appliqué sur le territoire national pour les quarts de finale de la Judo Pro League et les Championnats de France cadets 1D, c’est logique. En effet, celui-ci définit le yuko par l’impact des hanches. Si l’arrivée est sur les deux hanches en même temps, pas de yuko. A l’inverse, si l’impact se fait en décaler, une hanche après l’autre, yuko sera donné même si le haut du corps est orienté vers le sol.
Chez les -57kg, c’est Sarah Léonie Cysique qui s’impose et remporte sa première médaille d’or au Grand Chelem de Paris. En finale, elle bat la Japonaise Akari Omori d’un waza ari qu’elle marquait un poussant son adversaire sur le dos après une séquence de corps à corps. La judokate du pays du soleil, vainqueure à Tokyo, n’arrivait pas à combler cette valeur d’avance. Dans la même catégorie, Faiza Mokdar finit troisième puisqu’elle bat la Guinéenne Mariana Esteves sur un sode tsuri komi goshi. Yuko synonyme de médaille de bronze. Toujours en -57kg, Chloé Devictor finit elle cinquième après une jolie journée.
Trois autres médailles de bronze pour les Françaises avec notamment Amandine Buchard en -52kg. Après s’être inclinée face à la Kosovare Distria Krasniqi, elle parvenait à monter sur le podium grâce à un de ashi barai pour ippon sur la Coréenne Seyun Jang. Médaille de bronze également pour Liz N’Gelebeya en -78kg après une journée fantastique. La judokate de l’ACBB bat deux médaillées olympiques en la présence de Patricia Sampaio et Zhenzhao Ma. La première sur un uchi mata pour waza ari et la seconde un balayage pour yuko. Trop dure face à la championne olympique Alice Bellandi face à laquelle elle s’inclinait avant de battre sa compatriote Audrey Tcheuméo pour le bronze.
Chez les lourdes, médaille de bronze également pour Léa Fontaine. Elle bat une autre Française Célia Cancan aux shidos. Une troisième pénalité qui tombait de manière litigeuse pour passivité alors que les attaques de Fontaine semblaient à la limite de la fausse attaque. Une décision huée par l’Accor Arena et le public français.
Toujours chez les -78kg, on assistait à une final franco-française entre Romane Dicko et Julia Tolofua. La première avait écarté Safa Saliman, son bourreau à Tokyo puis la Japonaise Mao Arai d’un yuko. De l’autre côté, Tolofua plaçait un magnifique o soto gari à l’Israélienne Raz Hershko puis immobilisait le numéro une mondiale Hyeonji Lee, dix huit ans. Une finale à l’issue bien malheureuse puisque Tolofua se blessait au genou gauche alors qu’elle lançait un o soto gari et était contrainte à l’abandon avant d’être évacuée par le service médical, en pleurs. La licenciée à l’ESBM parvenait à monter sur le podium avec le soutien de Romane Dicko et Léa Fontaine. Julia Tolofua a annoncé cette semaine la nature de sa blessure sur son compte Instagram : rupture du ligament collatéral antérieur. Elle sera éloignée des tatamis pour six à sept mois au minimum.
Les masculins français décevants…
Une seule médaille pour les masculins français sur ce Grand Chelem de Paris. Elle est à mettre au compte d’Alexis Mathieu, spectaculaire dimanche et seulement battu par Goki Tajima. Pour le bronze, il immobilise le Grec Theodoros Tselidis après un retournement. Dans la même catégorie, Maxime Gaël Ngayap Hambou s’incline dès son entrée en lice sur une action assez litigieuse. Alors que le Français lançait un sutemi, son adversaire semblait accrocher très légèrement sa jambe en o uchi gari. Un impact sur le dos sur lequel l’arbitre de centre ne bronchait pas, comme tout Bercy d’ailleurs. La table centrale lui faisait ensuite signe d’attendre puis d’annoncer ippon pour le Slovaque Alex Barto. Incompréhension totale tant pour l’arbitre que pour le public et « MG ».
Alors qu’on attendait beaucoup certaines catégories comme les -60kg, il n’en fut rien. Romain Valadier Picard, pourtant en or ici l’an passé, s’incline d’entrée face au Coréen Harim Lee sur un balayage au golden score. Dans la même catégorie, pas de médaille non plus pour Luka Mkheidze, battu au deuxième tour par le Cubain Jonathan Charon sur un o uchi gari pour ippon au golden score. A noter également dans cette catégorie la défaite et la septième place du Japonais Ryuju Nagayama. Il est d’abord battu par le jeune Israélien Izhak Ashpiz dans un combat plein de rebondissements puis par Jonathan Charon. Chez les Français, aucun judokas classés en -81kg, -90kg, -100kg et +100kg non plus.
En -66kg, pas de médaille non plus pour Walide Khyar, battu sur un sublime uchi mata du Japonais Kairi Kentoku, et Daikii Bouba, cinquième. En -73kg, le champion de monde Joan Benjamin Gaba était attendu mais s’incline au deuxième tour face à l’Anglais Benjamin Levy sur un ippon seoi nage pour yuko. La bonne surprise vient des jeunes Peter Jean et Dayyan Boulemtafes puisque le premier bat le Japonais Ryuga Tanaka, vainqueur à Tokyo, avant de s’incliner aux pénalités. Le second fait encore mieux en finissant cinquième. Il bat notamment l’autre Japonais Tatsuki Ishihara, déjà double médaillé mondial senior, sur un o soto gari en faisant exploser l’Accor Arena tel un volcan. Plein de promesses ! Nul doute qu’après cette grosse déception, les masculins français rebondiront !
Retrouvez les résultats complets ici : https://www.judoresults.net/resultats-competition/?competition=Grand%20Slam&mois=02&annee=2026&categorie_age=SEN&lieu=Paris
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